Quatre familles...

Au Moyen Age, le domaine seigneurial de Sotteville comprenait deux fiefs nobles :

  • celui du Buisson (où subsiste encore, tout proche, un beau pigeonnier) relevant de la baronnie de Bricquebec,
  • celui de Sotteville, relevant de la même baronnie et de la Châtellenie d’Oslonde (à Canville-la-Roque)

Du Moyen Age jusqu’au début du XXème siècle, quatre familles ont possédé Sotteville

  • les LA HAYE SOTTEVILLE, originaires de Valognes
  • les LE MARCHAND (ayant vraisemblablement des rapports de famille avec les LE MARCHAND de RAFFOVILLE (Chartrier de Réville, Rapport de l’archiviste, 1877, P.271-272).
  • les DUREVIE qui achetèrent Sotteville à Ferrault LE MARCHAND, fils de Jean (mort en 1470). Ce fut Jean DUREVIE qui acheta Sotteville vers 1490
  • les BEAUDRAP par le mariage en 1700 d’Anne DUREVIE avec Guillaume de BEAUDRAP (mort en 1726)

Famille LA HAYE SOTTEVILLE

Avant 1340, Sotteville appartenait à Jean de La HAYE SOTTEVILLE qui a fait faire la chapelle méridionale de l’église de Valognes et Guillaume de La HAYE, puis Pierre et Jean de La HAYE SOTTEVILLE qui furent capitaines du château de Valognes ensuite.

Les armes de la branche de la HAYE SOTTEVILLE et LIEUSAINT: d’argent , chargé d’un coeur de gueules, accompagné de sept hermines 4 , 2 et 1 au chef d’azur chargé de deux sautoirs d’or.

Famille LE MARCHAND

Le nom et le souvenir des LE MARCHAND est tout à fait oublié dans la commune. Anne de La HAYE épouse, le 5 février 1475 à Thorigny, Ferrand LE MARCHAND . C’est lui qui vend Sotteville à Jean DUREVIE le 6 mars 1490, pour la somme de 2700 livres (et 8 livres pour le moulin) à Jean DUREVIE.
On sait par ailleurs que vers la fin du XVème siècle, une fille du seigneur de Sotteville, Jeanne LE MARCHAND, épousa Jean BAZAN, seigneur de Flamanville.

Jean Lemarchant était seigneur de Sotteville il portait : de gueules à une croix d’argent pommelée d’or, alesée de 3 besans d’or au bout de chaque branche 

Famille DUREVIE

Jean DUREVIE, bourgeois de Valognes – anobli en 1518 – achète le château médiéval de Sotteville (avec pont-levis et fossés) en 1490. Une inscription sur la porte de la tour de l’église attribue à son fils Gauthier DUREVIE la construction en 1573 du clocher à bâtière. L’actuel château de Sotteville a été construit soit par Gauthier DUREVIE, soit par son fils ou son neveu Francois, soit encore par son petit-fils Jean DUREVIE.
Quoique originaires de Valognes, les DUREVIE paraissent – eux – avoir fait de Sotteville leur résidence ordinaire, des pierres tombales avec leur nom existaient encore en 1899 dans le chœur de l’église, côté évangile, où était leur banc seigneurial. Le dernier des DUREVIE y fut inhumé le 8 juillet 1678.

Famille de Beaudrap

Le mariage d’Anne DUREVIE en 1700 fit passer le château de Sotteville dans la famille de BEAUDRAP. Les BEAUDRAP résidaient alors à Valognes. Les registres de catholicité ne contiennent rien sur eux avant le 16 août 1776 avec l’inhumation à Sotteville de noble homme Jean Bonaventure de BEAUDRAP, chevalier, seigneur et patron de Sotteville, Saint Christophe-du-Foc, de Malassis (au Vrétot) et autres lieux, Maire de Valognes. Il abandonna le titre de BEAUDRAP de La PRUNERIE pour celui de BEAUDRAP de SOTTEVILLE. Il avait épousé demoiselle JALLOT de BEAUMONT (dont la famille avait, à Valognes, un magnifique hôtel, l’hôtel de Beaumont qui existe toujours). Son fils Pierre, François de BEAUDRAP résida enfin dans le château de Sotteville à partir de 1780 (en pleine Révolution), fut député de la Noblesse aux Etats Généraux, réussit à conserver et même à modifier sa propriété et mourut en 1823. Il avait épousé Mademoiselle Barbe DUCHEMIN de CLAIDS ; son fils Charles-Camille de BEAUDRAP, épouse Mademoiselle Julie LEFEBVRE d’ANNEVILLE et mourut maire de Sotteville en 1848 à 71 ans, laissant 4 enfants, dont Pierre-Désiré-Alfred, maire de Denneville en 1899 et •Jules-Octave-Ernest qui épousa Mademoiselle de TRIMOND et mourut en 1880, après avoir été 20 ans maire de Sotteville. Son fils Henri de BEAUDRAP, époux de Mademoiselle Marie LUCAS de COUVILLE , fut jusqu’en 1920 le dernier BEAUDRAP propriétaire de Sotteville.

Les années de guerre et le château de Sotteville

1940 – l’arrivée de Rommel

Le 18 Juin 1940 , le feld Maréchal Rommel est arrêté dans sa course éclair pour prendre Cherbourg par un barrage à la gare de Denneville sous les ordres de l’enseigne de Vaisseau Allary, puis par un autre barrage à Martinvast tenu par l’enseigne Levi. Ce fameux 18 juin, Rommel essoufflé après un parcours de 340 kilomètres et « n’ayant pas dormi depuis la veille au matin prit le parti de se reposer et de ramener ses véhicules jusqu’à l’Etat major divisionnaire au château de Sotteville » . C’est là que le colonel Rothenburg lui fit remarquer que le terrain sillonné des haies et de chemins creux, était extrêmement défavorable à ses chars.

Des plans des défenses de Cherbourg furent trouvés dans un tiroir de la bibliothèque du salon le 18 juin 1940 dans la soirée, par l’Oberst Rothenburg, commandant le 25ème régiment de Panzers, et le major Ziegler, officier d’état-major chargé du renseignement. Cherbourg fut pris le 19 juin.
Le château fut alors occupé, puis évacué.

Cherbourg - 19 juin 1940 - source internet

1943 – réquisition du château

Puis malgré la présence de 17 réfugiés de Cherbourg et des propriétaires, le château fut réquisitionné par la Mairie de Cherbourg, le 10 mai 1943.
Sur démarches réitérées des propriétaires, M. Le Cannu – adjoint au maire – leur écrivit : « Mr. Hamel a dû vous dire que nous renoncions à la réquisition du château de Sotteville pour y replier les services de la Mairie. J’ignore que ce que nous réserve l’avenir. Si Cherbourg devait évacuer m’autoriseriez-vous à faire porter mes meubles dans le château, je serais tranquille ainsi, le château étant habité et libre d’occupants ». Hélas cela ne devait pas durer…

1943 – ingénieurs civils allemands et DCA

Le 6 octobre 1943, un avis de la mairie nous annonçait d’avoir à loger 20 réfugiés de Hainneville. Ils ne vinrent pas.
Le 27 octobre 1943, le propriétaire recevait de la Résistance  par « voie confidentielle » la note suivante : « Nous venons d’apprendre à l’instant que par ordre des autorités allemandes, le château de Sotteville est réquisitionné. Monsieur le Maire en sera informé après-demain. Tous les occupants doivent l’évacuer de suite« .

Le 29 octobre au lever du Jour, le garde champêtre, Mr Lebas, se présentait porteur de l’ordre officiel de l’armée allemande signé Witzel Kreich, commandant du grand Cherbourg, et contresigné du Sous-Prefet Audigier qui mourut par la suite écrasé sous la prison de St-Lo; 17 personnes et les deux propriétaires étaient ainsi expédiés.

Le château fut d’abord réquisitionné pour des Ingénieurs civils allemands; les propriétaires utilisèrent la force d’inertie et réussirent même à les faire évincer ; il en fut de même pour une formation de D.C.A. allemande.

baraques allemandes démontées par les américains - Collection privée

1943 – Régiment d’artillerie côtière de la Hague

Le 1er décembre 1943 à 6 heures du matin accompagné de Witzel et de son état-major, un vieux général allemand, qui commandait la division d’artillerie côtière de la Hague à Carteret (HKAR 1262) réquisitionnait le château, ne laissant aux propriétaires qu’une simple cave. Une grande banderole était bientôt accrochée dans les rosiers au-dessus de la porte de la façade « Herzlich Willkommen in neuen Heim » que le propriétaire déchiffra furieusement : « Cordiale bienvenue dans notre nouvelle demeure« . C’était destiné aux officiers de l’Etat-major qui arrivaient . Une baraque fut élevée dans la cour pour les soldats, et les dégâts déjà énormes commencés par les ouvriers de l’organisation Todt continuèrent.

En mai 1944, Rommel revint au château, au moment du bombardement de celui de Martinvast. A Sotteville, 3 ou 4 bombes tombèrent dans le champ en face, au bout de l’étang et cassèrent des vitres.

Army group B – 7th Army – LXXXIV (84) Corps – 243rd Static Division - HKAR1262

1944 – le débarquement

Et voici la Libération.

Dans le livre « Sie Komen ! » , l’Allemand Paul Carel parle du P.C. qui, lors du débarquement, occupait « le petit château de Sotteville ». Il raconte l’histoire de ce pigeon voyageur tué par un soldat de ce régiment en faction dans les dunes du Rozel le samedi 3 juin 1944 en fin d’après-midi et qui, venant d’Angleterre, portait un message annonçant le débarquement; il décrit le cycliste roulant prestement sur la route de Cherbourg pour porter cet oiseau et ce message au général en son P.C. au château de Sotteville. Transmis à St-Lô au général en chef, le message fut retardé heureusement, car ce chef, ne croyant plus au débarquement, en raison de la marée et du mauvais temps, était parti à Rennes pour de nouveaux plans.

Après la coupure du Cotentin à sa base, le 18 juin 1944 par la 9ème DI américaine du général M.S. Eddy, les Allemands évacuèrent rapidement le château pour se retirer dans la Hague prendre position sur la ligne de résistance.

Avant de partir, les occupants commencèrent à vouloir mettre le feu à des documents qu’ils avaient entassés dans la cour et s’apprêtaient à incendier le château. Un officier allemand a réussi à tempérer ses hommes, tenant l’engagement qu’il avait pris au début du printemps 1944. Et à leur retour, les propriétaires devaient trouver son uniforme pendu dans l’office et sa croix de fer bien visible. Avait-il déserté au dernier moment ?

1944 – l’arrivée des américains

C’est le 19 juin 1944, quatre ans presque jour pour jour après l’arrivée des blindés de Rommel que le château fut libéré conjointement par les GI’s du 60ème RI [9ème DI] US du colonel Fréderick J. de Rohan partis des Pieux et ceux du 3ème bataillon du 39ème RI  [9ème DI] US du colonel Harry A. « Paddy » Flint arrivant de Saint Christophe du Foc après s’être emparés de Bricquebec.

Le 23 juin, Albert RAIMOND (F.F.I.) guide les Alliés de Sotteville jusqu’à Sideville, signalant à l’état-major la présence de quatre canons anti-chars sur la voie ferrée.

Les Américains campèrent alors au château avec le commandant John Reybolds commandant la 15e Cie de Gyp (Mez A90 339 0/0nu.ny), et qui a dû être tué peu de temps après dans la poche de Royan. Tout n’était cependant pas encore terminé après la fuite des Allemands dans la Hague. Le château commençait à brûler par court-circuit à défaut du bûcher élevé dans le salon qui n’avait pas pris . Une arrivée inopinée du propriétaire d’ailleurs recherché en vain par les occupants, pour le travail obligatoire, arrêta juste à temps le sinistre.

Après les Allemands, les Todt, les Georgiens et des Italiens se réclamant soudain de Badoglio, les Américains à leur tour, occupèrent donc le château.

Puis pendant toute la bataille des Ardennes et encore un an après l’armistice, finalement le château fut occupé par un petit détachement français avant d’être finalement remis à ses légitimes propriétaires.

1945- soldats américains - collection privée

Les dégâts de la guerre

Les dégâts de la guerre furent énormes et longs à réparer.

A l’intérieur, la plupart des plafonds à poutres et solives apparentes ont été badigeonnés au blanc à la colle par les occupants et leurs ouvriers de l’organisation Todt. Toutes les tentures et tous les papiers arrachés et remplacés par des peintures horizontales sur plusieurs hauteurs et abominables. La plupart des cheminées en marbre ont été brisées, éclatées, ou fendues sous l’occupation.

Les toitures ont également été fortement endommagées. Il y avait 22 canons de D.C.A. à 3 kilomètres à Virandeville et plusieurs bombes sont tombées dans les champs à proximité. Des planchers entiers ont été enlevés pour construire des abris anti-aériens à proximité ; enfin le feu avait commencé à prendre dans des plafonds et des superstructures.

La chapelle située dans la cour a été déménagée par les Occupants et la cloche a été volée.