Du château féodal primitif, il ne reste plus rien, mais il paraît qu’au 19ème siècle, on en voyait encore les traces : il y avait fossés et pont-levis, et il semble que la queue de l’étang actuel puisse être un vestige des anciennes douves.

L’actuel château de Sotteville fut construit à la fin du XVIe siècle (1593-1610). Le style de ce château est celui du XVIème siècle. On retrouve le même type, non loin de là au manoir d’Héauville dans la Hague proche, à Chiffrevast (à Tamerville) et aussi, surtout, dans la partie XVIème siècle au manoir de Crosville-sur-Douve, près de St-Sauveur-le-Vicomte.

 

Il semble qu’un même plan (quatre gros pavillons cantonnant un corps central) était prévu à Chiffrevast, à Sotteville et à Crosville :

à Crosville, les pavillons n’ont pas été construits, mais les pierres d’attente sont très visibles.
à Sotteville, les deux pavillons Sud-Est et Sud-Ouest existent
à Chiffrevast, caractérisé par la symétrie totale de ses façades, les quatre pavillons ont été achevés.

A Sotteville, à l’extrémité nord, à la place de deux pavillons d’angle, vraisemblablement prévus à l’origine, on a prolongé en 1773 le corps central d’une importante addition avec toiture en croupe et remploi de frontons triangulaires et de lucarnes fin XVIème siècle. En 1905, Henri de Beaudrap rétablit les croisillons de toutes les fenêtres ; il fait en même temps surélever cette addition d’un étage flanqué d’une poivrière. On y retrouve l’emploi systématique des frontons triangulaires et des fenêtres à meneaux comme à Crosville, comme à Chiffrevast, comme à Héauville, où notamment les fenêtres des lucarnes sont identiques.
Cadastre Napoléonien

Les pavillons sont bâtis en moellons (pierres du pays), qui semblent être du « grès armoricain », avec des teintes grises et rouge sombre ; les encoignures sont, comme la façade, en granit de Diélette. Les pierres des pavillons proviendraient de Sotteville même (anciennes carrières du Hameau de la Lande). Une certaine irrégularité règne dans tout l’ensemble sans nuire cependant à l’aspect général. Aucune fenêtre n’a exactement les mêmes dimensions. Les pavillons d’angle ne sont pas exactement semblables. La porte principale n’est pas au milieu du bâtiment et se trouve décalée par rapport à l’entrée et à l’avenue, en raison du départ de l’escalier de pierre sur lequel elle ouvre. L’étage noble est un rez-de-chaussée surélevé. Il n’y a pas de caves souterraines, en raison sans doute de l’humidité et de l’étang tout proche. Alors que toutes les fenêtres à meneaux constituent deux lignes horizontales sur la façade Ouest, sur la façade Est opposée les fenêtres de l’escalier sont décalées en hauteur, accusant l’emplacement des paliers intermédiaires.

A remarquer l’usage de la pierre de Valognes ou de Caen, pour toutes les ouvertures et lucarnes du château et du granit pour celles des communs. Autre remarque, les fenêtres de l’escalier et des pavillons anciens beaucoup plus étroites, ne comportent qu’un simple meneau formant traverse, disposition qui se retrouve assez souvent dans les châteaux du XVIème siècle. Sur les côtés des pavillons, ce genre de fenêtres, au lieu d’être au centre, se trouve déporté vers l’angle qui joint la façade principale, ce qui à l’intérieur donne d’avantage de place et d’abri et un éclairage assez particulier. Au rez-de-chaussée les ouvertures comme à Chiffrevast et ailleurs dans la région sont réduites et forment des sortes de « hauts jour » avec barreaux et défense et fronton triangulaire également sur le dessus. L’ouverture à droite de la porte est plus grande et large, que celle de gauche, et comporte comme toutes les baies une sorte de modillon au bas de son encadrement.

Enfin peut-être l’originalité la plus grande de ce manoir est son élégant et curieux clocheton posé sur un des murs de refend de l’escalier dont les marches de pierre d’un seul bloc s’élèvent jusqu’aux combles. Ce clocheton possède une cloche portant les armes des Durevie et mentionnant la date de 1610. La cloche qui culmine à plus de 20 mètres ne put être volée par les Allemands pendant la guerre (contrairement à celle qui surplombait la chapelle). Cette cloche dépend depuis 1800 d’une horloge rustique en fer forgé qui porte cette date, avec une réfection en 1806 et une autre 1893. Depuis elle sonne fidèlement les heures qui continuent à passer sur la vieille demeure !